Remontons le temps pour découvrir la légende associée à cet art singulier. Transmise de génération en génération, elle raconte que le chant Xẩm aurait été inventé il y a environ 700 ans par Trần Quốc Đĩnh, l’un des fils du roi Trần Thánh Tông. Selon cette légende, ce prince généreux et intègre était proche des plus démunis. Il leur apprit à jouer d’un instrument et à chanter afin de les aider à mieux supporter les épreuves de la vie.
Qu’est-ce que le chant Xẩm et quelles sont ses particularités ?
Le “Hát Xẩm”, ou “chant Xẩm”, s’est principalement développé dans les campagnes. Il exprimait l’optimisme et l’amour de la vie des artistes aveugles, dont beaucoup vivaient à Ninh Binh, Nam Dinh, Hai Duong, Bac Giang ou Hanoï…
Autrefois, le chant Xẩm était interprété durant les périodes de repos suivant les récoltes. Les paysans invitaient des troupes de Xẩm à se produire dans leur village, permettant ainsi aux familles de se réunir pour écouter leur répertoire.
En temps de guerre ou lors de mauvaises récoltes, les chanteurs de Xẩm ne parvenaient plus à gagner suffisamment leur vie dans leur région. Ils partaient alors se produire ailleurs afin d’obtenir de meilleurs revenus. Beaucoup rejoignaient les grandes villes, notamment Hanoï. Les tramways bondés, les gares routières, les marchés et les coins de rue devenaient les scènes de ces chanteurs, véritables artistes itinérants.
Dans un ensemble de Xẩm, un artiste joue du tambour, un autre des claquettes, un troisième de la vièle đàn nhị ou đàn cò, et un autre encore du monocorde đàn bầu ; tous chantent ensemble dans les dialectes du Nord ou du Sud. Pour remercier et encourager les artistes, le public — hommes, femmes et enfants de tous âges — se rassemble autour d’eux, écoute leur prestation, puis leur donne un peu d’argent.
Vous vous demandez peut-être si les ensembles d’autrefois étaient très différents de ceux d’aujourd’hui. En réalité, ils ont peu changé. Le style contemporain du Xẩm reste profondément ancré dans la tradition rurale, mais se distingue par des rythmes plus rapides et davantage d’ornements musicaux. Il s’est ainsi adapté à l’effervescence des villes et aux goûts d’un public urbain plus cultivé.
Où assister à un spectacle de chant Xẩm à Hanoï ?
Si vous vous intéressez particulièrement aux arts traditionnels du Vietnam, nous vous conseillons de flâner dans le vieux quartier de Hanoï, notamment dans les rues Hang Ngang et Hang Dao. Au fil de votre promenade, vous aurez peut-être la chance d’assister à un spectacle de chant Xẩm.
Certains spectacles reprennent des poèmes populaires, notamment les œuvres empreintes de folklore du poète Nguyễn Bính, comme Lỡ bước sang ngang (L’angoisse d’une jeune fille avant le mariage), Giăng sáng vườn chè (Clair de lune sur le jardin de thé) et Em đi tỉnh về (Le retour d’une jeune fille après son voyage en ville).
En réalité, le Xẩm n’était pas seulement interprété dans les gares et sur les marchés : il trouvait également sa place dans les spectacles populaires, les berceuses, les musiques funéraires, le Ca trù (chant cérémoniel), entre autres. Associé au rythme métallique des tramways, autrefois très présents dans les rues de Hanoï, le chant Xẩm est peu à peu devenu familier aux habitants de la capitale.
