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Le chant xoan, trésor populaire ancestral et unique

Le chant xoan, trésor populaire ancestral et unique

Rachel Tran Rachel Tran | Mis à jour le 17 septembre 2020

Aux côtés du Ca Tru et du chant populaire Quan Ho, le chant Xoan a été inscrit au patrimoine culturel immatériel du Vietnam en 2011. Signé par le musicien Cao Khac Thuy, l’article ci-dessous vous présente ce trésor populaire vietnamien aussi unique qu’ancestral.
Le chant Xoan, patrimoine culturel immatériel du Vietnam

Les origines du chant Xoan

Originaire des villages de la terre ancestrale de Phu Tho, le chant Xoan est traditionnellement interprété au printemps. Selon la légende, à l’époque des rois Hung, une belle jeune femme nommée To Hoa était célèbre pour ses talents de chanteuse et de danseuse. Le roi lui demanda donc de se produire devant son épouse enceinte pendant son accouchement. Par la beauté de ses chants et la grâce de ses danses, To Hoa apaisa les douleurs de la reine et l’aida à donner naissance à trois fils. Impressionné par sa virtuosité, le roi Hung demanda aux princesses d’apprendre à chanter et à danser comme elle. Cette forme artistique prit le nom de “Hat xuan” — chant du printemps — car elle fut présentée pour la première fois à cette saison.

Les anciens de la commune de Phu Duc racontent une autre version de l’origine de cet art. Un jour, alors que le roi Hung se rendait à Phu Duc, il aperçut un groupe de jeunes gardiens de troupeaux qui jouaient et chantaient joyeusement. Il demanda alors aux membres de sa suite de leur enseigner quelques chants populaires. Cet épisode est considéré comme l’origine du chant Xoan, tandis que la commune de Phu Duc est tenue pour le berceau de cette tradition.
Ces deux récits, ainsi que les recherches consacrées aux légendes, à l’histoire, à l’archéologie et à la sociologie, confirment que le chant Xoan remonte à l’époque des rois Hung. “Le chant Xoan réunit une plus grande diversité de rites culturels traditionnels que les autres coutumes des régions du Nord, entre moyenne montagne et delta. Il comprend notamment des rites voués au culte des ancêtres ou aux héros nationaux ayant combattu les envahisseurs étrangers. La présence de ces différents rites dans les représentations de chant Xoan témoigne de la longue histoire de cet art”, explique le professeur associé et artiste Tu Ngoc. Le chercheur Nguyen Khac Xuong avance cependant une autre interprétation : “Le chant Xoan n’est pas né du festival des rois Hung, mais d’autres fêtes organisées à cette époque. La forme pratiquée aujourd’hui diffère sensiblement de sa version d’origine. Le chant Xoan actuel correspond à l’art qui était interprété dans les temples lors des célébrations consacrées aux divinités tutélaires des villages, pendant la période culturelle du Dai Viet.”

La transmission du chant Xoan

D’après les informations recueillies par les chercheurs en arts populaires de la province de Phu Tho, le chant Xoan est aujourd’hui interprété dans les temples de 17 villages. La province compte quatre troupes : Phu Duc, Kim Doi, Thet et An Thai. Chacune réunit 12 à 18 jeunes interprètes âgés de 12 à 18 ans et est dirigée par un homme d’âge mûr, qui maîtrise les règles, les chants et l’ancienne écriture nôm, ainsi que l’organisation de la troupe et la formation des artistes.
Chaque année, les interprètes répètent en décembre avant de se produire en janvier. Le chant Xoan n’est pas leur activité professionnelle, mais une pratique culturelle et récréative à laquelle ils consacrent leur temps libre.

Le chant Xoan se décline en deux formes, le chant rituel et le chant festif, dont le contenu et le mode d’interprétation diffèrent. Le chant rituel comprend 14 “Qua Cach” — ou airs — qui racontent diverses histoires et expriment des vœux de paix, de prospérité et de conditions météorologiques favorables. Chaque air se compose de trois parties : le “Giao Cach”, également appelé “Giang Dau” ou “Bi Dau” (l’introduction), interprété par un soliste ; le “Dua Cach” (le corps de la pièce), chanté par un homme accompagné d’un groupe d’interprètes féminines et ponctué de danses ; puis le “Ket Cach” (la conclusion), au cours duquel une chanteuse achève le récit.

Le chant Xoan festif est quant à lui plus animé. Il réunit les artistes de la troupe ainsi que les jeunes du village.

Le festival de chant Xoan

L’art du chant Xoan repose sur trois composantes principales : les paroles, la musique et la danse.

Les paroles du chant Xoan sont d’une grande diversité. Inspirées aussi bien des arts populaires que des arts savants, elles expriment les aspirations, les rêves et les joies de la population, tout en évoquant les activités de la vie quotidienne. Elles sont toujours consignées par écrit et laissent rarement place à l’improvisation.

Trente-cinq chants Xoan ont été répertoriés, chacun mêlant parole, récitation et chant. Les mélodies, souvent enchaînées, variées et inventives, donnent à chaque pièce son identité propre. Les syncopes et les contretemps, rarement employés dans les autres arts populaires, occupent ici une place importante. Les représentations sont accompagnées de tambours et de “Phach”, de petites baguettes en bois servant à frapper une caisse en bambou pour marquer le rythme.

Parmi les 24 séquences d’une représentation de chant Xoan, 21 comportent des danses, chacune pouvant associer plusieurs formes chorégraphiques.
Le chant Xoan ne se limite pas au chant et à la danse : c’est aussi un véritable art de la scène. Ses interprètes doivent maîtriser le chant, la danse
et le jeu théâtral.

Dans une saynète de pêche particulièrement vive et amusante, un groupe d’interprètes féminines chante en formant un cercle qui représente un filet. Elles tentent alors d’attraper un artiste jouant le rôle du poisson. Le “poisson” se débat pour échapper au filet et, s’il y parvient, celui-ci se referme sur un autre homme.

Autre exemple : le “Xin Hue” (“Demander une fleur”), dans lequel un homme chante pour réclamer une fleur. Lorsque le groupe d’interprètes féminines lui demande quelle “fleur” il désire, il désigne l’une d’entre elles. La femme choisie entonne alors un court air pour expliquer son refus, puis un autre homme demande à son tour une autre “fleur”, et ainsi de suite.
Chaque air présenté sur scène constitue ainsi une saynète à part entière. C’est cette succession de tableaux qui confère au chant Xoan sa richesse culturelle et en fait un art vivant, varié et profondément singulier.

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