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Le chant chầu văn

Le chant chầu văn

Le chant spirituel au Vietnam

Rachel Tran Rachel Tran | Mis à jour le 15 mars 2021

Art du spectacle ancestral au Vietnam, le chant chầu văn est apparu dans le delta du fleuve Rouge, au nord du pays, au XVIe siècle, avant de se diffuser dans les régions voisines. Cette pratique cérémonielle revêt une forte dimension religieuse.

Qu'est-ce que le chant chầu văn ?

Le chầu văn, souvent appelé trầu văn, est une forme religieuse des arts vietnamiens associant chant et danse pour célébrer les mérites de divinités bienveillantes ou de héros nationaux. Musique et poésie s'y mêlent au gré de rythmes, de pauses, de tempos, d'accentuations et de tonalités variés.

En écoutant du chầu văn, vous pourriez avoir du mal à distinguer les deux formes suivantes :

Le hát thờ (chant de dévotion) consiste en une lente psalmodie accompagnant un acte de culte. La musique varie peu et présente peu de contrastes de hauteur ou d'accentuation. Le hát lên đồng associe quant à lui les psalmodies et les danses d'un médium, qui transmet la volonté et les ordres d'êtres surnaturels. Ses nombreuses variations dépendent du nombre de vers et suivent souvent les différentes phases de la transe.

L’accompagnement instrumental joue un rôle essentiel dans le chau van : il souligne les passages importants et crée des effets de contraste. Lors d’une représentation, les principaux instruments sont généralement le luth en forme de lune (dan nguyet), accompagné du rythme produit en frappant une pièce de bois ou de bambou (phach), des claquettes (xeng), du tambour (trong) et du gong (chieng). La cithare à 16 cordes (dan tranh), la flûte (sao) et l’ensemble des huit sonorités (dan bat am) sont également parfois utilisés pour déclamer certains poèmes.

Les costumes des interprètes de chầu văn s'inspirent du culte des “quatre palais” : une robe rouge symbolise le “palais céleste”, une robe jaune le “palais terrestre”, une robe verte le “palais musical” et une robe blanche le “palais des eaux”. La coiffe et la coupe de la robe sont étroitement liées à l'être surnaturel honoré au cours du rituel. Le style des costumes a pu évoluer avec le temps, mais ce code des couleurs est resté inchangé.

L'interprète de chầu văn fait partir son souffle du diaphragme jusqu'aux cavités nasales, qui servent de caisse de résonance et produisent un effet adapté aux thèmes religieux, notamment dans une atmosphère baignée d'encens et éclairée par les bougies. La psalmodie doit toutefois rester suffisamment claire pour que chaque auditeur puisse en saisir les paroles.

Les paroles occupent une place prépondérante dans le chant chầu văn. Le médium doit non seulement avoir une belle voix et savoir jouer des instruments, mais aussi être capable de formuler les louanges appropriées au bon moment.

Né dans le delta du fleuve Rouge au XVIe siècle, l'art du chant chầu văn s'est ensuite répandu dans tout le pays. Il s'est également enrichi des plus beaux traits des chants populaires des régions montagneuses du Nord, du Centre et du Sud.

Dans le Nord, la cérémonie commence toujours par une invitation adressée aux divinités. Le maître de cérémonie lit une requête et récite des incantations destinées au monde des esprits. Une fois ceux-ci conviés, une personne — le plus souvent une femme — assise sur une natte devant l'autel devient leur porte-parole.

L’une des particularités majeures du chant chau van dans le Centre du Vietnam réside toutefois dans le nombre de participants, qui peut atteindre cinq personnes au cours d’une même cérémonie. Le chau van y est généralement plus foisonnant que dans le Nord, avec des rythmes nettement plus complexes.

Si vous souhaitez découvrir le chau van dans toute sa dimension rituelle, rendez-vous au festival organisé chaque année au palais Hon Chen, près de Hué. En raison de son emplacement sur les rives de la rivière des Parfums et du très grand nombre de participants, les célébrations se déroulent sur des bateaux. Des milliers d’embarcations envahissent alors la rivière, tandis que des participants vêtus de tenues colorées dansent au son de la musique rituelle, au milieu des volutes d’encens et des parfums de fruits et de fleurs offerts en hommage. Dans le Sud, le chau van est également appelé hat bong et suit la même structure que dans le Nord et le Centre. Certaines mélodies portent néanmoins l’influence de la musique classique du Sud.

Au fil des siècles, le chant chầu văn a su conjuguer raffinement artistique et caractère populaire, suscitant l'intérêt des musicologues vietnamiens comme étrangers. L'écouter, c'est approcher au plus près l'une des expressions les plus singulières de la culture vietnamienne.

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