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L’art de boire le thé au Vietnam

L’art de boire le thé au Vietnam

Rachel Tran Rachel Tran | Mis à jour le 18 février 2020

À Hanoï, il suffit de vous promener dans les rues pour observer l’omniprésence du thé : près d’un lampadaire, à l’ombre d’un arbre ou devant une maison, une table basse accueille souvent des bocaux remplis de bonbons, de cacahuètes grillées et de petits gâteaux enrobés de sucre. Vous êtes devant un salon de thé improvisé, scène emblématique de la vie dans les rues vietnamiennes.

D’un geste précis, la personne qui tient l’échoppe soulève le couvercle du couvre-théière, en sort la théière, puis verse le thé brûlant dans une petite tasse avant de la tendre au client, encore fumante. Contrairement aux habitants du Nord, qui apprécient le thé bien chaud, ceux du Sud y ajoutent volontiers des glaçons en raison du climat plus chaud.

Boire du thé, une habitude incontournable
Photo : vietnammoi.vn

Boire du thé, une habitude incontournable

Les Vietnamiens aiment boire du thé. Ils en dégustent partout et à toute heure : à la maison, au travail, dans une échoppe sur le chemin du bureau, ou encore lors de réunions officielles, de mariages ou de funérailles. À l’occasion des cérémonies, ils en déposent également sur l’autel familial en offrande aux ancêtres. Été comme hiver, c’est souvent vers cette boisson que l’on se tourne pour étancher sa soif. Par une chaude journée estivale, un verre de thé glacé rafraîchit l’esprit et procure une agréable sensation de légèreté. En hiver, à l’inverse, quelques gorgées de thé chaud réchauffent le corps et aident à mieux affronter le froid extérieur.

La consommation du thé est pourtant loin d’être une tendance récente au Vietnam : elle s’inscrit dans une histoire très ancienne.

Le thé, de l’histoire à la vie quotidienne

Le Vietnam compte parmi les plus anciens et les plus importants pays producteurs de thé au monde. On y cultive cette plante depuis plus de 2 000 ans. Dès le XIe siècle, le thé servait de symbole pour exprimer l’essence du bouddhisme. Sous la dynastie des Trần, du XIIIe au début du XVe siècle, il acquit une véritable dimension philosophique. Au XVe siècle, le grand lettré vietnamien Nguyễn Trãi (1380-1442) choisit de vivre en ermite, loin du monde, pour se consacrer “au thé, à la poésie et à la lune”.

Si le thé revêt depuis longtemps une dimension philosophique particulière pour les lettrés, il occupe aujourd’hui une place tout aussi importante dans la vie quotidienne, en ville comme à la campagne. Autrefois, les paysans ne pouvant s’offrir les variétés les plus coûteuses cultivaient eux-mêmes leur thé. De nos jours, cette boisson continue de rapprocher les gens : à la campagne, par exemple, il est courant d’inviter un voisin à bavarder autour d’une tasse. On accepte d’abord le thé pour remercier son hôte, puis, au fil des gorgées, les cœurs s’ouvrent : on se confie, on parle de la famille et du travail, avant de prendre le temps d’apprécier pleinement les saveurs naturelles de l’infusion.

Bien plus qu’une simple boisson désaltérante, le thé est également considéré comme un breuvage délicat, riche de sens. Autrefois, il nourrissait l’inspiration des poètes. Aujourd’hui encore, prendre le temps de le savourer aide à apaiser et à affiner l’esprit. La manière de boire et de servir le thé permettrait même de révéler le caractère d’une personne. Les Vietnamiens prêtent ainsi des manières raffinées aux amateurs de thé très corsé. Quant à ceux qui savent remplir, à l’aide d’une louche en noix de coco, plusieurs bols disposés en cercle sans renverser une seule goutte, ils suscitent immanquablement l’admiration des autres convives.

Les différentes variétés de thé au Vietnam

Le Vietnam cultive de nombreuses variétés de thé, parmi lesquelles le chè Tuyết, le chè Móc Câu, le chè Mạn ou encore le chè Chỉ. Chacune peut être associée à une fleur particulière : le chè Mạn au chrysanthème, le chè Búp aux fleurs de hoa sói, et les meilleurs chè Mạn et chè Búp au lotus, au narcisse ou au jasmin. Certains connaisseurs vont jusqu’à gagner le milieu d’un étang en barque pour déposer un peu de thé à l’intérieur des boutons de lotus et le laisser s’imprégner de leur parfum. Le thé Cúm, cultivé par l’ethnie Tày, en est un autre exemple remarquable. Les théiers sont laissés en terre jusqu’à la pleine maturité des bourgeons. Ceux-ci sont alors cueillis, puis torréfiés à la poêle jusqu’à ce qu’ils sèchent et commencent à se recroqueviller. Le thé est ensuite enveloppé dans des feuilles de palmier afin d’en préserver tous les arômes.

Les Vietnamiens aiment parfumer le thé avec des fleurs. Le thé au lotus est particulièrement précieux à leurs yeux : autrefois, il était réservé aux rois. Selon la méthode transmise par les anciens, lorsque le lotus s’ouvre dans l’après-midi, un petit sachet de thé est placé parmi ses étamines, puis la fleur est délicatement refermée autour de lui. Le lendemain matin, la rosée recueillie sur les pétales est utilisée pour préparer le thé imprégné du parfum du lotus. Une fois l’infusion versée dans les tasses, son arôme frais et subtil embaume toute la pièce.

Depuis des générations, la culture du thé accompagne la vie des Vietnamiens et reste profondément ancrée dans leur cœur. Dégusté à petites gorgées, le thé crée une atmosphère plus détendue et rapproche les convives. Autour d’une tasse se sont ainsi tissés une véritable culture du voisinage et de solides liens entre voisins.

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