Si les Occidentaux célèbrent la fête des Mères, les Vietnamiens accordent une place toute particulière à la septième pleine lune du calendrier lunaire, appelée “Mua Vu Lan”. C’est un moment privilégié pour témoigner leur piété filiale à leurs parents, et plus particulièrement leur reconnaissance à leur mère.
Chaque année, les enfants vietnamiens rendent hommage à leurs parents et tentent d’aider les âmes errantes de leurs ancêtres à retrouver le chemin du monde des vivants.
“Mua Vu Lan” est profondément liée aux traditions asiatiques du culte des ancêtres et de la piété filiale. Également considérée comme une fête bouddhique, cette célébration traditionnelle en l’honneur de l’amour maternel est observée avec solennité une fois par an au Vietnam.
Que nous enseigne réellement la légende ?
La légende à l’origine de cette fête remonte aux premiers temps du bouddhisme. Un jour, alors qu’il méditait, Muc Kien Lien, l’un des dix principaux disciples du Bouddha, vit sa défunte mère subir les tourments de l’enfer, où elle avait été condamnée en raison des mauvaises actions commises de son vivant.
Il vit que sa mère mourait de faim et qu’elle n’avait pour seule nourriture que du feu. Muc Kien Lien rassembla tous ses pouvoirs spirituels pour lui apporter un bol de riz, mais la nourriture se transforma en cendres avant même qu’elle puisse la porter à sa bouche.
De retour dans le monde des vivants, il demanda conseil au Bouddha afin de secourir sa mère et d’accomplir son devoir de fils pieux. Le Bouddha lui recommanda de réunir des moines et des fidèles pour prier ensemble ce jour-là, qui tombe cette année le 15 août dans le calendrier occidental.
La force de leurs prières réunies permit de délivrer non seulement la mère de Muc Kien Lien, mais aussi d’innombrables autres âmes. Depuis, la croyance veut que, lors de Vu Lan, également appelée fête des âmes errantes, les portes de l’enfer s’ouvrent afin d’accorder 24 heures de répit aux âmes tourmentées.
Un moment solennel de partage
Dans la culture vietnamienne, “Mua Vu Lan” est associée au mois des esprits et permet d’honorer les défunts. Selon la croyance, les âmes regagnent ce jour-là leurs anciennes demeures.
À partir de ce rassemblement religieux, de nombreux pays bouddhistes ont adopté la coutume d’offrir de la nourriture, des vêtements et d’autres présents aux esprits affamés durant le mois où les mondes du Ciel, de l’Enfer et des vivants sont ouverts les uns aux autres.
Cette cérémonie vise à nourrir les esprits affamés et à prier pour leur salut. Elle permet également à chacun d’accomplir avec compassion son devoir filial. Des offrandes sont alors présentées afin de délivrer jusqu’à sept générations d’ancêtres des souffrances qu’elles pourraient endurer. Au cours du mois, chaque famille peut choisir un jour pour préparer un festin, puis brûler du papier votif et de l’encens devant la maison afin d’inviter les esprits à venir se restaurer.
L’une des particularités les plus marquantes de la cérémonie est la “course aux offrandes”. Une fois l’encens consumé, les enfants du voisinage sont autorisés à se précipiter sur la nourriture. Personne ne cherche à les en empêcher, car cela risquerait, selon la croyance, de courroucer les esprits. Cette cérémonie offre aussi à chacun une belle occasion d’exprimer sa gratitude envers ses parents.
Une autre tradition veut que les personnes souhaitant témoigner leur reconnaissance et leur affection à leur mère, qu’elles soient bouddhistes ou non, se rendent dans une pagode, souvent avec une rose. Des milliers de fidèles y affluent en portant une rose rouge si leurs parents sont encore en vie, ou une rose blanche s’ils sont décédés. Au-delà des différences sociales, la rose symbolise l’amour et le partage entre les parents et leurs enfants.
Un regard contemporain
“Cette fête offre aux âmes errantes ayant commis des fautes une chance d’être pardonnées. Les gens rendent un culte aux esprits et libèrent des animaux, notamment des oiseaux ou des poissons”, explique My Ngoc, une étudiante vivant dans le district de Tan Binh, à Hô Chi Minh-Ville. “Cette année, je vais me rendre à la pagode pour prier pour ma mère, car nous sommes séparées par de nombreux kilomètres. Elle vit dans ma ville natale, dans la province centrale de Binh Dinh. Je pense toujours à elle”, confie Ngoc.
“Même si les jeunes vivent aujourd’hui à un rythme plus soutenu et connaissent parfois moins bien les valeurs traditionnelles, ils continuent d’aimer et de respecter profondément leurs parents”, explique Duc Phong en se promenant dans la pagode Vinh Nghiem, le temple bouddhique le plus célèbre de Hô Chi Minh-Ville. “C’est pourquoi tant de jeunes se rendent dans les pagodes et offrent des fleurs à leurs parents ce jour-là”, ajoute-t-il.
Minh Thuan témoigne : “Cette fête n’est plus exclusivement réservée aux bouddhistes ; elle permet désormais à chacun d’exprimer son amour à ses parents. Loin de disparaître avec le temps, cette tradition culturelle s’est au contraire enrichie et diversifiée.”
La diversité de “Mua Vu Lan” se manifeste dans tout le pays à travers de nombreuses activités.
