Le Têt Nguyên Đán, plus couramment appelé Têt, est la fête la plus importante et la plus populaire du Vietnam. Ce moment privilégié invite chacun à faire le bilan de l’année écoulée et à préparer la nouvelle année. Placé sur l’autel des ancêtres pendant le Têt, le “Mam Ngu Qua” (plateau aux cinq fruits) exprime le respect et la gratitude des Vietnamiens envers le Ciel, la Terre et leurs ancêtres, tout en incarnant leurs souhaits de prospérité.
Depuis des siècles, le plateau aux cinq fruits accompagne les panneaux horizontaux laqués ornés de caractères chinois, les sentences parallèles tracées sur du papier écarlate, les kumquats et pêchers décoratifs, ainsi que les estampes populaires de Hàng Trống et Đông Hồ. Bien au-delà de sa valeur matérielle, il est devenu un symbole spirituel profondément ancré dans l’identité et la vie culturelle vietnamiennes. Alors que de nombreuses traditions anciennes sont aujourd’hui tombées dans l’oubli, la coutume de disposer un plateau aux cinq fruits sur l’autel pendant le nouvel an lunaire demeure précieusement préservée comme un bel héritage de la culture vietnamienne. L’achat des offrandes et la décoration de l’autel familial sont étroitement liés au culte que les Vietnamiens rendent à leurs ancêtres. Durant le Têt, aux côtés des mets et symboles traditionnels évoqués dans ces vers célèbres — “Porc gras, oignons au sel, sentences parallèles sur papier rouge. Longues perches de bambou dressées, chapelets de pétards et gâteaux carrés de riz gluant” —, aucune famille vietnamienne ne saurait oublier de présenter un plateau aux cinq fruits sur l’autel des ancêtres.
Quelle que soit leur situation, les Vietnamiens accordent une grande importance à la composition du plus beau plateau aux cinq fruits pour le réveillon du Têt. Les fruits sont disposés sur un plateau en bois laqué rouge, en formant un cône équilibré aux couleurs harmonieuses. On peut y trouver des bananes, des cédrats “main de Bouddha”, des pastèques, des oranges, des kumquats, des noix de coco, des pommes, des kakis ou des tomates, ainsi que des piments. Chaque fruit possède sa propre signification. Un régime de bananes vertes ou une main de Bouddha traduit, par exemple, le souhait d’être protégé par les ancêtres et les forces surnaturelles. Le pomelo et la pastèque évoquent la fécondité, tandis que le kumquat et le kaki symbolisent la richesse et la prospérité.
La tradition du plateau aux cinq fruits
Selon une première interprétation, les cinq fruits représentent les cinq éléments fondamentaux de la philosophie orientale : le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre. D’autres y voient les fruits du travail accompli par la famille durant l’année écoulée, consacrés au Ciel, à la Terre et aux ancêtres en signe de respect et de gratitude.
La composition du plateau aux cinq fruits varie d’une région à l’autre selon le climat et les productions locales, mais ses couleurs généreuses illuminent partout les autels. Dans le nord du pays, les plateaux, généralement plus petits, associent volontiers pomelos, pêches, kumquats, bananes et kakis. Dans le sud, ils sont souvent plus imposants et réunissent des pastèques présentées par paire, des noix de coco, des papayes, des pommes-cannelle, des mangues et des figues. L’amélioration des conditions de vie au cours des dernières années a rendu le choix des fruits destinés à l’autel du Têt plus recherché. Certains plateaux accueillent désormais des fruits plus rares et plus coûteux, comme le raisin ou la poire. Mais quelle que soit sa composition, le plateau aux cinq fruits reste avant tout une belle offrande des Vietnamiens à leurs ancêtres. Il perpétue une tradition séculaire tout en portant des vœux de bonheur, de chance et de prospérité pour la nouvelle année.
La coutume de présenter le plateau aux cinq fruits en offrande dans l’espace sacré de la maison apparaît dans de nombreux contes et légendes populaires. Elle trouve son origine dans d’anciennes croyances transmises de génération en génération à travers le culte des ancêtres. Aujourd’hui encore, les Vietnamiens continuent de déposer sur l’autel les premiers fruits mûrs cueillis dans le jardin familial, puis d’allumer des bâtonnets d’encens en mémoire de leurs aïeux.
Comment préparer un plateau aux cinq fruits
Comme bien d’autres rituels populaires, la préparation du plateau aux cinq fruits pour le Têt obéit à des usages bien établis. Malgré son nom, celui-ci ne contient pas nécessairement cinq variétés de fruits exactement. Disposer les fruits sur un plateau écarlate en bois, resserré au centre à la manière d’un sablier, est un véritable art. Il faut savoir associer les couleurs et les formes pour créer une composition aussi harmonieuse qu’une nature morte.
Pour équilibrer l'ensemble, on place généralement le régime de bananes au centre, les pointes orientées vers le haut, puis le pomelo dans le creux formé par les bananes. Les oranges, les sapotilles, les pommes et les autres fruits viennent ensuite combler les espaces restants. Enfin, de petits kumquats sont glissés dans les derniers interstices afin d'obtenir une composition dense et généreuse. Le plateau joue sur l'harmonie des couleurs : le vert profond des bananes, le jaune pâle du pomelo, le rouge intense des kakis, les nuances rouge orangé des oranges et des kumquats, le vert clair des pommes et le brun foncé des sapotilles. Quelques petites feuilles fraîches de kumquat viennent çà et là parfaire ce tableau.
Pendant le Têt, le “Mam Ngu Qua” représente les bienfaits essentiels que le Ciel et la Terre accordent aux êtres humains. Il illustre aussi une valeur profondément ancrée dans la culture vietnamienne : “Ăn quả nhớ kẻ trồng cây” (“Lorsque vous mangez un fruit, pensez à celui qui a planté l’arbre”).
