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Le chapeau conique, un symbole du Vietnam

Le chapeau conique, un symbole du Vietnam

Rachel Tran Rachel Tran | Mis à jour le 12 mars 2021

Le “nón lá”, ou chapeau conique, est bien plus qu’un simple couvre-chef : il incarne à lui seul une part du charme du Vietnam.

Chaque pays possède un couvre-chef emblématique. Aux États-Unis, c’est la casquette de baseball ; la Grande-Bretagne est célèbre pour le casque des policiers londoniens. La Grèce évoque le bonnet de marin, tandis que le béret symbolise la France. Les Israéliens portent la kippa, et les Saoudiens sont souvent représentés avec leur coiffe blanche. Les Sikhs indiens enveloppent leur tête dans d’élégants turbans, tandis que les Russes se protègent avec des chapkas en fourrure, bien utiles lorsque les températures descendent jusqu’à moins cinquante degrés Celsius. Au Vietnam, le couvre-chef national est le nón, le traditionnel chapeau conique des campagnes. Avec le gracieux áo dài en soie, le nón est devenu l’un des symboles emblématiques du Vietnam, reconnaissable dans le monde entier.

Un objet indissociable du quotidien vietnamien

De forme conique, ce chapeau est fabriqué à partir de matières végétales et maintenu par une jugulaire en soie qui l’empêche de glisser. Il convient particulièrement bien aux agriculteurs d’un pays tropical comme le Vietnam, où le soleil ardent alterne souvent avec de fortes pluies. Selon les besoins, il peut servir de récipient pour recueillir de l’eau, d’éventail lorsqu’il fait chaud ou encore de panier pour transporter quelques légumes. Plus romantique, il permet aussi aux jeunes amoureux de dissimuler un baiser lors d’un rendez-vous.

La légende raconte qu’autrefois vivait une femme d’une taille immense, coiffée d’un chapeau magique composé de quatre grandes feuilles rondes assemblées avec du bambou. Partout où elle apparaissait, les nuages se dissipaient et le temps redevenait clément. Après avoir appris aux habitants à cultiver légumes et arbres pour subvenir à leurs besoins, elle disparut discrètement et s’éleva vers les cieux. Honorée comme la déesse protectrice des humains, elle inspira dès lors la création de chapeaux semblables au sien, destinés à protéger du soleil et de la pluie.

La fabrication d’un chapeau conique est-elle difficile ?

La fabrication d’un chapeau conique est-elle difficile ?

À première vue, un chapeau conique semble facile à fabriquer. Il n’en est rien ! “Sa confection exige une précision méticuleuse”, expliquait Le Thi Viet, 83 ans, doyenne des artisans du village de Chuong, où des milliers de chapeaux sont produits chaque jour. Ce village est ainsi considéré comme l’un des grands berceaux du chapeau conique dans le Vietnam d’aujourd’hui.

Pour fabriquer un chapeau de qualité, l’artisan doit posséder autant de talent que d’expérience. Pendant la saison sèche, les gaines de bambou sont découpées en fibres très fines, puis rapidement plongées dans l’eau afin d’éviter qu’elles ne se déchirent ou se cassent. Les feuilles de palmier sont nettoyées avec du sable, fendues, puis séchées au soleil jusqu’à passer du vert foncé au blanc. Plus le soleil est intense, plus elles blanchissent. Elles sont ensuite exposées au soufre afin de préserver leur teinte, puis triées et repassées. La couture et la décoration demandent la même minutie : les points doivent être petits et réguliers, un travail qui exige beaucoup de temps et de patience.

La couture du chapeau conique

Pour comprendre toute la finesse de ce savoir-faire, rien ne vaut l’observation des artisans cousant les chapeaux coniques dans les maisons aux toits de tuiles brunes du village de Chuong. En voyant une femme âgée au dos courbé, au visage ridé et aux mains marquées par le temps, il est difficile d’imaginer qu’elle puisse encore manier l’aiguille avec autant de précision. Pourtant, ses gestes restent parfaitement maîtrisés. “Ma mère m’a appris à coudre le nón lá lorsque j’avais six ans. Aujourd’hui, j’en ai 78. Je pourrais fabriquer un chapeau les yeux fermés”, raconte Tam en souriant.

La longue histoire du chapeau conique

La longue histoire du chapeau conique

Selon l’historien Le Van Lan, les Vietnamiennes portent le chapeau conique depuis des temps très anciens. L’ancêtre du modèle actuel apparaît déjà gravé sur le tambour de bronze de Ngoc Lu et la jarre en bronze de Ao Thinh, datant de 2,500 à 3000 ans. “Même si personne ne sait exactement quand ce chapeau est apparu, il est depuis longtemps considéré comme le symbole des agriculteurs vietnamiens et, plus largement, du peuple vietnamien”, explique-t-il.

Les berceaux du chapeau conique

Où trouver les plus beaux chapeaux coniques ? Cet artisanat étant répandu dans tout le Vietnam, chaque région possède son propre village réputé et un style bien particulier. Le chapeau de l’ethnie Tay se distingue par sa couleur rouge, tandis que celui de Thanh Hoa repose sur une armature formée de 20 cerceaux. Le modèle de Hué est fin et élégant, contrairement aux chapeaux plus épais de Binh Dinh.

Le village de Chuong produit entre 7,000 et 8,000 chapeaux coniques par jour, soit environ trois millions par an, destinés au marché vietnamien comme à l’exportation. “Nos clients habituels du Sud, du Centre et d’autres provinces du Nord nous passent commande par téléphone, ce qui nous permet d’organiser aussitôt la livraison”, expliquait Tuy, un artisan de 40 ans. “Mon dernier contrat a été conclu avec une société d’exportation d’objets artisanaux, à laquelle j’ai proposé d’envoyer jusqu’à 5,000 chapeaux coniques au Japon.”

À Chuong, presque toutes les familles semblent participer à la fabrication des chapeaux coniques. D’après les statistiques, 80 pour cent des habitants du village tirent leurs revenus de cette activité. Le revenu mensuel moyen se situe entre VND 700,000 et VND 1 million ; il est plus élevé en été qu’en hiver, car le froid complique le travail de couture. Sur place, un chapeau coûte seulement VND 3,500- VND 10,000, tandis qu’à Hanoï, son prix peut atteindre VND 30,000 à VND100, 000 selon sa qualité.

Ce petit village, qui perpétue sa réputation depuis plus de trois siècles, se trouve dans la province de Ha Tay, à seulement 40 kilomètres à l’ouest de Hanoï. N’hésitez pas à venir y découvrir un précieux savoir-faire, véritable symbole de la culture vietnamienne !

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