Le Têt Nguyên Đán, qui célèbre le Nouvel An lunaire, est la fête la plus importante du calendrier vietnamien. Il marque à la fois l’arrivée du printemps et le début d’une nouvelle année. C’est le temps des retrouvailles en famille, des cadeaux et des vœux de bonheur. Dresser un arbre du Nouvel An, appelé “Cây Nêu” ou perche du Nouvel An lunaire, est également une coutume vietnamienne indissociable des célébrations printanières du Têt.
Dans les jours qui précèdent le Têt, les familles vietnamiennes dressent un “Cây Nêu”, un très haut bambou placé devant leur maison. La perche est débarrassée de ses feuilles, à l’exception d’une touffe conservée au sommet, puis ornée de papier rouge porte-bonheur. Selon de célèbres légendes de la culture vietnamienne, la couleur rouge effraie les esprits malveillants. Le Cây Nêu est ainsi censé protéger le foyer pendant l’absence des Táo Quân, les génies de la cuisine, qui quittent alors la famille pour se rendre au palais de l’Empereur de Jade. À l’image du sapin de Noël dans d’autres cultures, le “Cây Nêu” se pare de nombreuses décorations. Arcs, flèches, clochettes et gongs sont suspendus à son sommet dans l’espoir de chasser les malheurs de l’année écoulée et d’accueillir une nouvelle année placée sous le signe du bonheur.
Selon la légende, il y a très longtemps, les êtres humains et les démons vivaient ensemble sur terre. Les démons finirent par prendre le dessus et s’emparèrent de leurs terres. Bouddha leur déclara alors : “Je suspendrai ma robe au sommet de ce bambou. Partout où son ombre se posera appartiendra à Bouddha, et vous devrez rendre ces terres aux hommes.” Les démons acceptèrent. Après avoir planté le bambou, Bouddha lança sa robe jusqu’à son sommet et, par magie, fit grandir la tige. L’ombre de la robe recouvrit ainsi toutes les terres, repoussant les démons jusqu’à la mer de l’Est. Ceux-ci supplièrent alors Bouddha de les autoriser à revenir sur le continent pendant trois jours à l’occasion du Têt, afin de se recueillir sur les tombes de leurs ancêtres. C’est pourquoi le Cây Nêu est traditionnellement dressé à cette période, avec des feuilles vertes, une amulette aux huit trigrammes et des clochettes en terre cuite suspendues à son sommet. De la poudre de chaux est répandue autour de sa base pour y dessiner des arbalètes et des flèches destinées à chasser les démons ou à les maintenir à distance. L’ombre du Cây Nêu symbolise les terres reconquises par les êtres humains dans la légende. Le tintement de ses clochettes et de ses petits gongs rappelle leur droit à posséder ces terres, tandis que les arcs et les flèches évoquent les armes autrefois utilisées pour repousser les démons.
Le Cây Nêu est retiré lors d’une cérémonie après le septième jour du Têt. Cet ultime rituel marque la fin des célébrations du Nouvel An.
