Les Hmong forment le plus grand groupe ethnique minoritaire du nord-ouest du Vietnam et possèdent une vie spirituelle particulièrement riche. Leur culture traditionnelle a été remarquablement préservée et conserve de nombreux traits précieux. Parmi leurs célébrations emblématiques, impossible de ne pas citer le festival Gau Tao, qui incarne pleinement leurs traditions. Il reflète à la fois les pratiques agricoles, la spiritualité, les croyances et les coutumes de cette communauté. Si vous avez l’occasion de visiter le district de Bac Ha, dans la région de Sapa, province de Lao Cai, au début de la nouvelle année, ne manquez pas d’y assister. C’est une belle façon de découvrir les facettes méconnues de la culture locale.
Sommaire
I. Histoire du festival Gau Tao
Gau Tao signifie “terrain de jeu”. Selon la tradition orale hmong, lorsqu’un couple marié ne parvenait pas à avoir d’enfant pendant de nombreuses années, le mari se rendait sur des collines sacrées afin de demander aux divinités de la montagne de lui accorder un fils.
En échange, il promettait d’organiser une petite fête tous les trois à cinq ans, à laquelle il convierait parents et connaissances pour partager son bonheur et remercier les divinités. Lorsque son épouse finissait par tomber enceinte et donnait naissance à l’enfant tant attendu, la famille honorait cette promesse en organisant la célébration appelée “Gau Tao”.
Le festival trouve donc son origine dans ces rites destinés à demander la naissance d’un enfant, autrefois organisés par certaines familles des villages hmong. Toutefois, en raison des dépenses importantes qu’ils représentaient, seules les familles aisées pouvaient se permettre de les célébrer.
Avec le temps, les autorités locales ont reconnu la valeur culturelle et spirituelle de cette tradition. Le festival a alors pris de l’ampleur et est aujourd’hui régulièrement organisé comme une célébration communautaire. Sa signification a également évolué : au-delà du souhait d’avoir des enfants, les participants viennent désormais demander de bonnes récoltes, de la chance, la santé et la prospérité.
II. Quand le festival Gau Tao a-t-il lieu ?
Le festival Gau Tao se déroule du 2e au 4e jour du 1er mois selon le calendrier lunaire, en fonction de l’âge du chef de famille.
III. Le rôle du festival Gau Tao
Comptant parmi les plus anciennes traditions hmong encore célébrées après plusieurs siècles, le festival Gau Tao occupe une place importante dans la vie culturelle de cette communauté et des villages voisins.
Les Hmong pensent que les personnes souhaitant rester en bonne santé et avoir davantage d’enfants peuvent se rendre sur une colline peu élevée appelée Gau Tao afin d’adresser leurs prières aux divinités et à leurs ancêtres. Ils croient également que le festival reflète le destin du principal soutien de famille.
La partie basse de la colline Gau Tao symbolise les malheurs du passé, tandis que ses hauteurs représentent la prospérité et la chance à venir. À cette occasion, les jeunes Hmong peuvent également montrer leurs talents et rencontrer un éventuel partenaire.
IV. Les temps forts du festival Gau Tao
1. Préparation du festival Gau Tao
Bien que le festival Gau Tao se tienne pendant le premier mois lunaire, ses préparatifs commencent dès novembre et se poursuivent jusqu’à la fin décembre. Deux rites essentiels entourent la plantation et la coupe de l’arbre “nêu”, également appelé arbre du Nouvel An. Ce bambou, censé éloigner les mauvais esprits et porter chance, est le symbole sacré du festival. Les habitants choisissent avec soin un arbre bien droit, sans parasites ni dommages.
Avant de l’abattre, ils adressent une prière aux divinités. L’arbre ne doit pas toucher le sol et doit tomber en direction de l’est. Une fois coupé, personne n’est autorisé à l’enjamber.
Avant de planter l’arbre “nêu”, l’officiant doit sacrifier un poulet et demander aux divinités de la montagne l’autorisation d’organiser le festival. L’arbre fait office d’échelle symbolique permettant aux offrandes de parvenir jusqu’aux divinités. Sur son tronc sont suspendus une bande de tissu indigo, une guirlande de pièces de monnaie ainsi que des bouquets de maïs ou de riz.
4.2. Pendant le festival Gau Tao
Le festival commence par une cérémonie rituelle menée par l’officiant et ses assistants. Celui-ci offre du vin au chef de famille, qui entonne ensuite le chant “siet” afin d’expliquer la raison de la célébration. Il chante alors “say din se” (“partir à la recherche de l’arbre”) avant d’abattre le bambou choisi. Cette cérémonie dure environ 90 minutes.
Le festival s’anime ensuite au rythme de nombreuses activités culturelles : chants, danses, lutte, tir à l’arbalète, danse des bâtons et jeux de toupie. Tous les participants doivent respecter les règles de la célébration. Le temps fort est le jeu du lancer de “con”. Les joueurs tentent de faire passer une balle recouverte de tissu, remplie de graines de coton et de riz, à travers un anneau placé au sommet d’une perche en bambou de 15-20 mètres. Une personne située de l’autre côté essaie ensuite de la rattraper. Si vous assistez au festival, ne manquez surtout pas ce jeu !
Les jeunes présentent leurs talents en danse, en musique et en arts martiaux. Les autres participants les encouragent et les applaudissent, contribuant à l’ambiance festive. Les invités dégustent les plats savoureux et les boissons préparés par la famille organisatrice. À la tombée de la nuit, les garçons courtisent les jeunes filles en chantant et en jouant de la flûte ou du “khen”, un orgue à bouche traditionnel.
Le festival offre également aux jeunes femmes et hommes hmong l’occasion de se rencontrer et de trouver un éventuel partenaire. Libérés de leurs responsabilités quotidiennes, ils peuvent profiter pleinement de ces instants. À la fin des festivités, les meilleurs chanteurs et danseurs reçoivent de petits présents de la part de la famille organisatrice.
4.3. Après le festival
À la fin du festival, l’officiant remercie, au nom du chef de famille, la Terre, le Ciel et les divinités. Il retire ensuite l’arbre “nêu”, brûle des papiers votifs et répand du vin tout autour. La bande de tissu indigo est également décrochée, puis attachée à la porte de la maison en signe de protection divine. Le bambou de l’arbre “nêu” sert ensuite à fabriquer une natte. Cette tâche ne peut toutefois être confiée qu’à un jeune homme et une jeune femme choisis ou à de jeunes mariés, afin de leur souhaiter des enfants vertueux et d’éloigner les mauvais esprits.
Au fil du temps, Gau Tao est devenu bien plus qu’un festival propre aux villages hmong : il rassemble aujourd’hui différentes communautés ethniques minoritaires. Cette tradition ancestrale attire dans la région un nombre croissant de visiteurs vietnamiens et étrangers. Alors, qu’attendez-vous ? Ne manquez pas l’occasion de découvrir toute la richesse de ce festival.
